Un copropriétaire découvre en lisant le procès-verbal que l'assemblée générale a voté des travaux de ravalement à une majorité qui lui paraît irrégulière. Un autre constate que le syndic n'a jamais engagé les réparations de toiture pourtant votées deux ans plus tôt, laissant les infiltrations s'aggraver. Un troisième reçoit des appels de charges qu'il juge injustifiés et ne parvient plus à obtenir la moindre pièce comptable. Ces trois situations relèvent du même problème, un litige avec le syndic de copropriété, mais elles n'obéissent pas aux mêmes règles ni aux mêmes délais. Ce guide distingue les deux grandes voies de contestation, celle qui vise une décision d'assemblée générale (soumise au délai couperet de deux mois) et celle qui vise la gestion défaillante du syndic, et détaille pour chacune les recours amiables et judiciaires ouverts au copropriétaire.
Comprendre la nature du litige : décision d'AG ou gestion du syndic
Avant d'engager la moindre démarche, il faut identifier ce qui est réellement contesté, car la procédure et surtout le délai en dépendent entièrement.
Une décision d'assemblée générale est un acte collectif, adopté par le vote des copropriétaires réunis. Le syndic ne fait que préparer, convoquer et exécuter. Contester une résolution votée (autorisation de travaux, approbation des comptes, désignation du syndic, répartition d'une dépense) relève donc de la contestation de la décision elle-même, encadrée par l'article 42 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.
Un manquement de gestion est au contraire un acte (ou une inaction) propre au syndic dans l'exercice de son mandat : défaut d'entretien de l'immeuble, absence de recouvrement des charges impayées, comptabilité opaque, refus de communiquer des pièces, non-souscription de l'assurance obligatoire. Ces missions sont définies à l'article 18 de la loi de 1965. Ici, on ne conteste pas une décision collective, on met en cause l'exécution du contrat de syndic, ce qui ouvre d'autres recours et n'est pas enfermé dans le délai de deux mois.
Un même dossier peut mêler les deux. Un litige avec le syndic de copropriété commence souvent par une gestion contestée, qui débouche ensuite sur une assemblée générale conflictuelle. D'où l'intérêt de qualifier précisément chaque grief.
Contester une décision d'assemblée générale : le délai de deux mois
C'est la règle la plus stricte du droit de la copropriété, et celle qui piège le plus de copropriétaires.
« Les actions qui ont pour objet de contester les décisions des assemblées générales doivent, à peine de déchéance, être introduites par les copropriétaires opposants ou défaillants, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ces décisions » (article 42, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1965).
Trois mots doivent retenir l'attention : à peine de déchéance. Passé le délai, l'action est irrecevable, sans que le juge ait à examiner le fond. La décision, même entachée d'irrégularité, devient définitive et s'impose à tous.
Qui peut agir : les opposants et les défaillants
Le droit de contester une décision d'AG copropriété n'appartient pas à tout le monde. Seuls peuvent agir :
- le copropriétaire opposant, c'est-à-dire celui qui a voté contre la résolution (le vote favorable ou l'abstention ferme la porte de la contestation sur cette résolution) ;
- le copropriétaire défaillant, c'est-à-dire celui qui était absent et non représenté lors de l'assemblée.
Concrètement, un copropriétaire qui a voté « pour » l'approbation des comptes ne pourra pas ensuite contester cette même résolution. Il est donc décisif de faire consigner son vote négatif au procès-verbal, résolution par résolution. Le procès-verbal doit d'ailleurs mentionner nommément les opposants et le sens de leur vote, en application de l'article 17 du décret n°67-223 du 17 mars 1967.
Prenons un exemple. Lors d'une assemblée, un copropriétaire s'oppose à la résolution autorisant un contrat d'entretien qu'il juge surévalué, mais approuve les autres points. Il ne pourra saisir le juge que sur la résolution à laquelle il s'est opposé, et à condition que son opposition figure bien au procès-verbal.
Le point de départ du délai : la notification du procès-verbal
Le délai de deux mois ne court pas du jour de l'assemblée, mais de la notification du procès-verbal par le syndic. Ce dernier doit notifier le procès-verbal aux copropriétaires opposants et défaillants dans le délai d'un mois à compter de la tenue de l'assemblée (article 42 du décret du 17 mars 1967).
La notification s'effectue par lettre recommandée avec accusé de réception ou, si le copropriétaire y a consenti, par voie électronique (recommandé électronique). Le point de départ du délai est la date de première présentation de la lettre recommandée, et non la date à laquelle le copropriétaire relève effectivement son courrier. Une lettre présentée un 15 du mois fait courir le délai à compter de ce jour, même si l'intéressé ne la retire que deux semaines plus tard.
Cette mécanique impose une vigilance immédiate. Dès réception du procès-verbal, un copropriétaire mécontent doit noter la date de présentation et consulter rapidement un conseil, car deux mois passent vite quand il faut réunir les pièces, analyser la régularité du vote et rédiger une assignation.
Les motifs de contestation recevables
Une décision d'assemblée peut être contestée pour des raisons de forme ou de fond. Les irrégularités les plus fréquemment soulevées tiennent à :
- une convocation irrégulière : délai de convocation non respecté (vingt et un jours au moins avant l'assemblée, sauf clause contraire), ordre du jour incomplet, absence de pièces jointes obligatoires (devis, contrats mis en concurrence) ;
- une règle de majorité non respectée : une résolution relevant de la majorité de l'article 25 adoptée à la majorité simple de l'article 24, par exemple ;
- une résolution non inscrite à l'ordre du jour : l'assemblée ne peut valablement voter que sur les questions figurant à l'ordre du jour ;
- une atteinte aux droits d'un copropriétaire : décision abusive de la majorité, dépense somptuaire, discrimination dans la répartition des charges.
La contestation n'est pas une seconde chance de refaire le débat. Le juge vérifie la légalité de la décision, pas son opportunité. Contester parce qu'on est en désaccord avec un choix pourtant régulièrement voté a peu de chances de prospérer.
Contester la gestion défaillante du syndic
Lorsque le grief vise non pas une décision collective mais le comportement du syndic, on sort du délai de deux mois pour entrer dans le régime de la responsabilité du mandataire.
Les manquements les plus courants
Le syndic est le mandataire du syndicat des copropriétaires. À ce titre, l'article 18 de la loi de 1965 lui impose notamment d'assurer l'exécution des décisions d'assemblée, d'administrer l'immeuble, de veiller à son entretien et de tenir une comptabilité séparée. Les défaillances régulièrement invoquées sont :
- l'inexécution de travaux pourtant votés, qui laisse un désordre s'aggraver ;
- le défaut de recouvrement des charges impayées, qui pèse sur la trésorerie du syndicat ;
- l'opacité comptable et le refus de communiquer les pièces (factures, relevés bancaires, contrats) ;
- l'absence de souscription ou de renouvellement de l'assurance de l'immeuble ;
- le non-respect de l'obligation de tenir à disposition les documents via un extranet sécurisé.
Un exemple parlant : dans une petite copropriété, des infiltrations en toiture sont signalées au syndic pendant plusieurs mois. Malgré les relances écrites, aucune expertise ni réparation d'urgence n'est engagée, et un logement du dernier étage subit des dégâts. Le copropriétaire lésé peut rechercher la responsabilité du syndic pour manquement à son obligation de veiller à l'entretien de l'immeuble et de prendre les mesures conservatoires d'urgence que l'article 18 lui permet d'ordonner sans attendre une assemblée.
Le rôle central du conseil syndical
Le conseil syndical, prévu à l'article 21 de la loi de 1965, contrôle et assiste le syndic. Il donne son avis sur toute question concernant le syndicat, contrôle la gestion et a le droit de se faire communiquer tout document. Avant d'engager une action individuelle, un copropriétaire a tout intérêt à alerter le conseil syndical par écrit : ce dernier peut interpeller le syndic, exiger des comptes et, le cas échéant, demander l'inscription de questions à l'ordre du jour de la prochaine assemblée.
Depuis la loi ELAN (loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018), le conseil syndical peut se voir déléguer, par vote en assemblée, le pouvoir de prendre certaines décisions, ce qui renforce son rôle de contre-pouvoir face à un syndic passif.
Les recours amiables : à privilégier avant le contentieux
Le procès n'est ni la première ni la seule réponse. Dans un litige avec le syndic de copropriété, la voie amiable est souvent plus rapide, moins coûteuse et parfois plus efficace.
Interpeller le syndic par écrit et formaliser les demandes
La première étape consiste à écrire au syndic en recommandé avec accusé de réception, en exposant précisément le grief et en demandant une réponse dans un délai raisonnable. La trace écrite est essentielle : elle constitue le point de départ de la démonstration d'un manquement si le contentieux devient inévitable. Une simple conversation téléphonique ne laisse aucune preuve exploitable.
La mise en demeure
Si le syndic reste silencieux ou refuse d'agir, la mise en demeure, également par lettre recommandée, marque une escalade. Elle rappelle l'obligation méconnue, cite le texte applicable (article 18 de la loi de 1965 pour l'entretien, par exemple) et fixe un délai d'exécution. Elle prépare aussi le terrain judiciaire en établissant que le syndic a été mis en position de régulariser sans le faire.
Faire inscrire une question à l'ordre du jour
Tout copropriétaire peut notifier au syndic, à tout moment, les questions dont il demande l'inscription à l'ordre du jour de la prochaine assemblée (article 10 du décret du 17 mars 1967). C'est le levier pour porter un différend devant la collectivité : contestation d'un contrat, demande d'audit de la gestion, voire mise à l'ordre du jour de la révocation du syndic. La demande doit être formulée suffisamment tôt pour être intégrée à la convocation.
Les recours judiciaires
Lorsque l'amiable échoue, ou lorsque le délai de deux mois de l'article 42 impose d'agir vite, la voie judiciaire s'ouvre.
La juridiction compétente et la représentation par avocat
Les litiges relatifs à la copropriété relèvent du tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble. Depuis la réforme de la procédure civile entrée en vigueur en 2020, la représentation par avocat est en principe obligatoire devant le tribunal judiciaire pour ce type de contentieux, en particulier lorsque la demande dépasse le seuil de dispense ou relève de la procédure écrite. Compte tenu de la technicité du droit de la copropriété et des délais de forclusion, l'assistance d'un avocat n'est pas une formalité mais une garantie procédurale.
La contestation de décision d'AG : agir dans les deux mois
Pour contester une décision d'AG copropriété, l'action prend la forme d'une assignation du syndicat des copropriétaires, représenté par son syndic, délivrée avant l'expiration du délai de deux mois. Attention : l'assignation doit être effectivement délivrée dans ce délai, et non simplement préparée. C'est ce qui rend indispensable une prise de contact très rapide avec un avocat dès la notification du procès-verbal.
Le référé pour les situations d'urgence
Lorsqu'une situation appelle une mesure immédiate (un dommage qui s'aggrave, une décision manifestement irrégulière sur le point d'être exécutée, la nécessité d'obtenir une expertise), le juge des référés peut être saisi. Il peut ordonner des mesures conservatoires, désigner un expert judiciaire ou suspendre l'exécution d'une décision en cas de trouble manifestement illicite. Le référé ne tranche pas le fond, mais il permet de figer une situation le temps qu'elle soit jugée.
L'action en responsabilité contre le syndic
Le manquement de gestion se sanctionne par une action en responsabilité visant à obtenir la réparation du préjudice causé au syndicat ou à un copropriétaire. Cette action se prescrit par cinq ans, délai de droit commun applicable aux actions personnelles en matière de copropriété depuis la loi ELAN qui a réduit l'ancien délai décennal (article 42, alinéa 1er, de la loi de 1965). Il faut démontrer une faute (le manquement à une obligation légale ou contractuelle), un préjudice et un lien de causalité entre les deux.
Révoquer ou remplacer le syndic
Lorsque la relation est durablement compromise, la solution passe par le changement de syndic. Plusieurs mécanismes coexistent.
La révocation en assemblée générale
La désignation comme la révocation du syndic relèvent de l'assemblée générale, à la majorité de l'article 25 de la loi de 1965 (majorité des voix de tous les copropriétaires). La question de la révocation doit figurer à l'ordre du jour. Un syndic peut être révoqué avant le terme de son mandat, mais la révocation sans motif légitime peut, selon les circonstances, exposer le syndicat à devoir indemniser le syndic. Il est donc prudent de documenter les manquements qui justifient la rupture.
Depuis la loi ELAN, la question de la révocation du syndic peut, sous conditions, être inscrite à l'ordre du jour et discutée dans un cadre encadré, ce qui facilite la démarche des copropriétaires mécontents.
La mise en concurrence des contrats
La loi ALUR (loi n°2014-366 du 24 mars 2014) a introduit l'obligation, pour le conseil syndical, de mettre en concurrence plusieurs projets de contrats de syndic avant le renouvellement du mandat, l'assemblée pouvant en dispenser par un vote préalable. Cette mise en concurrence est un outil concret pour les copropriétaires : elle permet de comparer les honoraires et les prestations, et de préparer un changement de syndic sur des bases objectives.
L'administrateur provisoire et le mandataire ad hoc
Dans les copropriétés en grave difficulté, notamment financière, l'article 29-1 de la loi de 1965 permet la désignation par le juge d'un administrateur provisoire, qui se substitue aux organes de gestion. Cette mesure est exceptionnelle et suppose que l'équilibre financier du syndicat soit gravement compromis ou que le syndicat soit dans l'impossibilité de pourvoir à la conservation de l'immeuble. Elle n'est pas la réponse à un simple désaccord de gestion, mais à une situation de blocage ou de faillite de la copropriété.
Conclusion : agir vite et bien documenter
Le réflexe déterminant, dans un litige avec le syndic de copropriété, est de qualifier immédiatement la nature du grief. S'il s'agit de contester une décision d'AG copropriété, le compte à rebours de deux mois de l'article 42 démarre à la notification du procès-verbal, et un jour de retard rend l'action irrecevable, quelle que soit la gravité de l'irrégularité. S'il s'agit d'une gestion défaillante, le temps joue moins contre le copropriétaire, mais la démonstration repose entièrement sur les écrits accumulés : relances, mises en demeure, réponses du syndic ou preuve de son silence.
Le parti pris de ce guide est clair : ne jamais laisser filer le délai de deux mois par excès de confiance dans une résolution amiable, et engager l'amiable en parallèle plutôt qu'à la place du contentieux lorsque la forclusion menace. Concrètement, dès réception d'un procès-verbal contestable, notez la date de première présentation de la lettre recommandée, réunissez la convocation, les votes et les pièces annexes, et faites analyser la régularité de la résolution par un avocat avant l'expiration du délai. Pour les conflits de copropriété parisiens, où la densité des immeubles et la fréquence des travaux multiplient les points de friction, cette réactivité est d'autant plus décisive.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour contester une décision d'assemblée générale de copropriété ? Le délai est de deux mois à peine de déchéance, en application de l'article 42, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1965. Il court à compter de la notification du procès-verbal par le syndic, effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception, et plus précisément à partir de la date de première présentation de cette lettre. Passé ce délai, l'action est irrecevable et la décision devient définitive.
Qui peut contester une décision d'AG de copropriété ? Seuls les copropriétaires opposants (ceux qui ont voté contre la résolution) et les copropriétaires défaillants (absents et non représentés) peuvent agir. Un copropriétaire ayant voté pour ou s'étant abstenu ne peut pas contester la résolution concernée. Il est donc essentiel de faire consigner son vote défavorable au procès-verbal, résolution par résolution.
Peut-on contester la gestion du syndic en dehors d'une assemblée générale ? Oui. La contestation d'un manquement de gestion (défaut d'entretien, opacité comptable, inexécution de travaux votés) ne relève pas du délai de deux mois mais de l'action en responsabilité contre le syndic, mandataire du syndicat en vertu de l'article 18 de la loi de 1965. Cette action se prescrit par cinq ans et suppose de démontrer une faute, un préjudice et un lien de causalité.
Comment faire révoquer un syndic de copropriété ? La révocation relève de l'assemblée générale, à la majorité de l'article 25 de la loi de 1965, et la question doit être inscrite à l'ordre du jour. Un copropriétaire peut demander cette inscription au syndic avant l'envoi de la convocation. Une révocation sans motif légitime peut toutefois exposer le syndicat à indemniser le syndic, d'où l'intérêt de documenter précisément les manquements.
Faut-il obligatoirement un avocat pour contester le syndic ? Devant le tribunal judiciaire, compétent pour les litiges de copropriété du lieu de l'immeuble, la représentation par avocat est en principe obligatoire pour ce type de contentieux depuis la réforme de la procédure civile de 2020. Au-delà de l'obligation, la technicité du droit de la copropriété et la brièveté du délai de forclusion de deux mois rendent l'assistance d'un avocat vivement recommandée.
Que faire si le syndic refuse de communiquer les pièces comptables ? Il faut d'abord adresser une demande écrite en recommandé, puis une mise en demeure rappelant l'obligation de transparence du syndic et le droit de contrôle du conseil syndical prévu à l'article 21 de la loi de 1965. En cas de refus persistant, le juge, y compris en référé, peut être saisi pour ordonner la communication des documents sous astreinte.
Le référé permet-il de suspendre une décision d'assemblée générale ? Le juge des référés peut ordonner des mesures conservatoires ou faire cesser un trouble manifestement illicite, ce qui peut conduire à suspendre l'exécution d'une décision manifestement irrégulière. Il ne tranche pas le fond du litige, mais permet de figer la situation en urgence, par exemple avant le démarrage de travaux contestés. Cette voie complète, sans la remplacer, l'action au fond en contestation de la décision.



